Select Page

Arras Film Festival (6-15 novembre 2015)

Article écrit par

Tour d’horizon de cette nouvelle édition qui, si l’on en juge par les deux premiers films de la compétition vus, peut s’avérer être un grand cru.

Au Nord, il y a Arras. La cité, ville martyre pendant la Première Guerre mondiale, est renommée mondialement pour son beffroi, point culminant d’un centre historique à l’unité architecturale remarquable. Connue donc pour ces façades flamandes (comme celles de la Place des Héros), certes, mais aussi réputée pour sa vie culturelle énergique, dont le Arras film Festival (organisé par la dynamique association loi 1901 Plan-Séquences) constitue un fer de lance. Au premier jour de notre présence, nous avons d’ailleurs pu constater l’engouement du public avec des salles combles en pleine semaine et pour des films exigeants.
  
Nous nous intéresserons pour cette seizième édition exclusivement à la compétition officielle dite « Compétition Européenne » qui rassemble cette année 9 longs métrages venant d’Europe de l’est pour la plupart, mais aussi de Finlande, d’Estonie ou même de Turquie. En d’autres termes, il s’agit d’une sélection « européenne » – oui – mais non occidentale. Ce qu’il y a d’admirable, en l’espèce, c’est que ces films ont été véritablement dénichés, débusqués, par Eric Miot (délégué général de Plan-Séquences) et son équipe. Les films de la sélection n’ont donc pas démarché le festival, ce sont vraiment des trouvailles de l’organisation.
 
Au premier jour de la compétition, nous avons pu voir déjà deux films en compétition. D’abord Home Care de la Tchèque Slavek Horak. Première projection, première bonne surprise. Il s’agit, dans la République tchèque contemporaine, de l’histoire de Vlasta, infirmière à domicile, la cinquantaine. Cette femme est interprétée par la lumineuse Alena Mihulova qui campe cette aide-soignante avec une véracité et une simplicité tout à fait exemplaires. Ce rôle qui lui est dévolu, c’est en quelque sorte d’incarner le Bien car elle est d’un dévouement envers ses prochains et d’un altruisme – sans bornes. Pour récompense, elle sera atteinte d’un cancer… Home Care est un film juste, une réflexion sur le thème éternel de la mort. Une fable morale sur la bonté et le courage.
Puis, en deuxième projection, nous avons eu droit à un film de guerre : 1944, de l’Estonien Elmo Nüganen. Ce film se déroule lors des combats entre l’Armée Rouge et les Allemands, en 1944, lors de l’offensive des Soviétiques. 1944 relate surtout une déchirure nationale en Estonie car une partie des jeunes estoniens furent enrôlés dans la Wehrmacht et d’autres par l’Armée Rouge. Ce film raconte cette guerre fratricide entre hommes issus d’un même peuple, se retrouvant le plus souvent contre leur gré face à face dans des combats sans pitié. Le cinéaste a, semble t-il, réalisé un tour de force sur le plan de la production, car avec un budget inférieur à 2 millions d’euros (dixit la productrice), il est arrivé à fabriquer un long-métrage de guerre impressionnant (on pense parfois au Sam Peckinpah de Croix de fer sans toutefois l’atteindre – faut pas pousser). Mais, Elmo Nüganen a surtout évoqué avec courage une blessure abominable de l’histoire de son pays. Il nous montre avec brio, comme beaucoup de cinéastes avant lui, la guerre dans son horreur et son abjection sans oublier de montrer que des sentiments peuvent (parfois) lui survivre.

Nous évoquerons la suite de la compétition les jours prochains.

Pour en savoir plus sur Arras Film Festival, rendez-vous sur le site officiel du festival.


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Les Invisibles

Les Invisibles

Entre rires et larmes, le film de Louis-Julien Petit « Les Invisibles », nous fait un joli cadeau : celui de montrer que résilience balaie d’un revers tous nos clichés sur la précarité.

Asako I&II

Asako I&II

A l’image des protagonistes qui ne trouvent pas d’issue à leur histoire, nous non plus on ne trouve pas d’issue à ce film qui ne semble finalement pas abouti et qui prend de fausses allures de téléfilm.

Border

Border

Un conte moderne cruel qui revisite brillamment la figure onirique du monstre sur fond de tolérance et de recherche identitaire